La Clique

Je publie habituellement sur ma chaîne YouTube les montages humoristiques qui animent nos soupers d'entreprises. Ce clip illustre le travail des machinistes sous une musique de Kanye West jugée explicite, YouTube refuse de la rendre publique pour une question de droits d'auteurs, souvent réglés par la présence d'une petite pub. Comme il est plaisant de contourner les interdits, je l'ai postée sur mon drive et rendue disponible par ce lien:


A hue et à dia

L'amour de la nature extirpe ses aficionados du contexte socioculturel, le plaisir des choses dites simples offre un échappatoire facile aux vicissitudes de la vie de troupeau. En considérant "bien" ce qui nous stimule favorablement les neurones, et "mal" ce qui déplaît, sans filtre imposé ni effort, on s'invente un système de valeurs. Encore faut-il pouvoir suivre sa propre sagesse, la société tire sa force de la dictature du nombre et tend à éviter les électrons libres. A vouloir vivre sa définition du bien sans compromis on se retrouve seul; à observer le monde de son bastion intérieur en cherchant le mal et ses causes, on annihile doucement sa capacité d'aimer. Malgré ça, le loup solitaire n'est qu'un composant satellite de la meute, si elle s'éloigne, il la suivra.

L'état de solitude terrifie la majorité qui la considère anormale et pesante, elle est la béatitude du solitaire. Je suis ainsi fait, mes interactions sociales ne sont validées qu'après une période de calme et d'introspection. L'immersion dans la nature, la contemplation d'un paysage de montagne, d'un torrent, des vagues ou d'un feu, rend l'idée au chaos qui la lave puis la retourne à la raison, qui peut à son tour la trouver digne d'intégrer l'âme. Le solitaire vit par et pour les autres, ses pensées par et pour son âme. Je soupçonne de couardise ceux qui, à l'autre extrême, puisent, confortent et intègrent les idées au sein du groupe uniquement. Ils imaginent un univers artificiel logique et contrôlable, se cachant par mille subterfuges ce chaos d'où nous sommes issus, où nous retournons inexorablement.

Ravis que vous me lisiez toujours à ce stade du discours. Internet permet au solitaire-près-du-feu-dans-sa-cabane d'interagir à l'envie, puis de soumettre immédiatement la pensée au chaos. J'utilise beaucoup l'outil, c'est souvent fort d'une idée validée que je retourne dans la meute. Puis rentre penaud, incapable de restructurer un schéma mental inadapté. Rattrapé par la réalité, j'ai cessé d'émettre en janvier, histoire d'éviter de compliquer une situation qui me dépassait aux niveaux professionnels et affectifs. Un jour de perplexité, je regardais la posture des âne qui paissent l'été durant à la Tzoucdana, ils semblaient tirer à hue et à dia selon l'expression consacrée. Comme le monde, comme ma décision de continuer ou pas de rendre publics mots et images de ma vie.

"Je t'aime! Moi non plus!" ou "Je vais par là, mais pas sans toi!"
J'ai tranché début septembre en publiant mes articles de blog de l'hiver passé. J'ai du plaisir à observer l'évolution de la neige comme à transcrire les mesures et mes modestes analyses. C'est partie de mon travail hivernal d'observer, mesurer et constater; le partage est pur altruisme et n'engage à rien. Il crée une relation particulière avec les habitués du vallon qui lisent le blog, et évitent les questions répétitives comme l'éternel: "Combien de neige tombée cette saison?"

Les publications numériques dépendent du business des machines, et de celui particulièrement capricieux des logiciels. Mon HP acheté en 2010 sous Seven est mort d'un cancer de Windows fin janvier; une mise à jour intempestive l'a laissé tourner en boucle. La bécane acquise ce printemps tourne sous Ubuntu, j'en suis satisfait et prends désormais plaisir à utiliser les nouveaux logiciels, libres, auxquels j'ai dû m'habituer. On les disait plus configurables, il faut en effet plus les configurer... 

Et il y a Google tout puissant, qui m'a séduit jadis par sa philosophie d'entreprise, la simplicité voire la pureté des produits, l'efficacité des outils gratuits à disposition contre un peu de publicité ciblée. En contrepartie tes publications comme leurs supports appartiennent à la firme, qui ferme un service sans recours pour celui qui y a ses habitudes, et souvent passé beaucoup de temps dessus. Reader, Picasa, Buzz... à quand la fermeture de blogger qui héberge tant de temps et de mots lancés à la volée? Allez, restons optimistes, tout meurt.
   

Hiver 2017 - Conclusions

Zinal, le 7 septembre 2017 - Après l'article du 19 janvier ct, j'ai cessé de publier sur ce blog et sur Google+, me contentant des mesures au matin sur Twitter. Je me suis retrouvé à surveiller un filet pour interdire l'accès d'une piste en préparation quand un touriste m'a agressé, images des profils que j'avais réalisé à l'appui, pour m'expliquer que j'étais un parfait ignare si je l'empêchait de skier le secteur. S'il me lit toujours, je ne le salue pas. Voici neuf hivers que je partage sur ce blog ma passion de la dynamique de la neige, j'essaie d'éviter les porte-à faux entre la communication des remontées mécaniques qui m'emploient, la réalité du terrain et l'interprétation, inévitablement personnelle à chacun, de mes publications. Je ne suis ni nivologue ni licencié en lettres, mais j'assume mes mots comme mes erreurs. Mes articles sont pour moi une mise à plat d'un problème complexe, une mémoire des hivers que je vis, et un héritage pour ceux qui devront gérer les dangers d'avalanches dans le vallon. J'ai failli renoncer, c'est si facile. Je me permettrai un brin de philosophie dans le prochain article. Je publie d'un coup ce jour toutes les données de l'hiver passé. Et serai bien présent à cette adresse, si la Vie le permet, l'hiver 2018.

Mai 2017 - Les entraînements à Sorebois débutèrent le 4 novembre déjà, il suffit de quelques mètres de largeur et d'une épaisseur de neige suffisante pour planter les piquets de slalom, et les premières équipes affluent. Dès le 6, la neige est tombée régulièrement; avec déjà 118cm de cumul fin novembre, nous espérions une saison exceptionnelle. Mais comme les trois hivers précédents, la neige bouda décembre, la couche de novembre cristallisa fortement, déstabilisant le substrat pour le reste de la saison. Ce scénario étrangement redondant avec des vacances de fin d'année sans neige compromet l'existence des stations de moyenne altitude et celles qui ne se sont pas équipées d'enneigement mécanique. Même pour les canons, il faut du froid et nous battons régulièrement des records de chaleur. Je ne me remets pas du "mois de janvier le plus froid depuis 30 ans" proclamé par MétéoSuisse, au-dessus du stratus nous avons peu souffert du froid, je pense que cette moyenne est fortement influencée par les stations météo de plaine. Malgré ces doutes, le terrain découvert tout décembre et les frimas de janvier ont gelé la terre, ce qui n'est jamais arrivé depuis que je décris les hivers soit dix ans. Difficile de tirer des conclusions, si l'affirmation "le terrain n'est pas gelé" ressemble à "c'est la pleine lune" dans le ton des experts qui tendent leur indexe vers les cieux, le résultat est comparable. Statistiquement aucune différence, et pratiquement les mêmes difficultés à gérer le danger. Terrain gelé ou pas, la neige se transforme en profondeur, on observe juste moins de reptations des pentes exposées au soleil et presque pas de gueules de baleines. Mais c'est bien le manque de neige qui rendit cette saison facile.

L'album public en ligne Hiver 2017 partage mes images de l'hiver dans l'ordre chronologique, comme de tradition j'en mets une en exergue dans les conclusions. J'ai choisi cette saison l'hallucinant spectacle que donnait le soleil au matin du 13 avril. Des cirrus faisaient prisme en haute altitude, offrant une traîne arc-en-ciel au soleil. Evidemment, la photo ne donne qu'un aperçu de l'instant. Je suis heureux d'être resté à Sorebois pour admirer la Super Lune du 14 novembre, là encore l'appareil ne montre qu'un échantillon de la beauté du moment.

Jeux de lumières sur les Diablons le 13 avril à 9h
Comme les années précédentes, la neige fortement cristallisée de novembre influença tout le travail du reste de l'hiver. Des 411cm de cumul mesurés du 1er novembre au 30 avril, 265cm seulement participèrent à la préparation des pistes naturelles. Les 118cm de novembre avaient disparu fin décembre ou était si cristallisés qu'on ne pouvait les travailler, et 28cm sont tombés après la fermeture des pistes. Mes mesures décrivent les hivers plus que l'état des pistes, et les dates comme les lieux et méthodes de ces mesures doivent être maintenus pour permettre une comparaison effective.

J'aurai 44 ans cet automne, je m'assagis... ou je deviens craintif? Si j'ai peu de compassion pour ceux qui bravent les filets et risquent leur vie pour un instant de frisson, je m'émeus de constater les risques que nous prenons parfois pour offrir de belles glissades sécurisées à notre clientèle. L'épisode du 11 mars où, à cours de munitions et dans l'impossibilité de miner à mi-pente, j'étais réduit à surveiller les pentes en amont de mes collègues machinistes, me laisse perplexe. Heureusement, ce n'est pas à moi de décider jusqu'où risquer du matériel voire des hommes pour ouvrir un secteur. De cet épisode je conclus que les métiers de patrouilleurs et de machinistes doivent être valorisés, alors que la stratégie actuelle vise à économiser sur l'humain pour privilégier l'infrastructure. Tout tend d'ailleurs à satisfaire le client par du matériel clinquant, et à empêcher le local, ce sauvage, de se mêler aux hôtes. Ou alors dans des exercices imposés, comme des distributions générales de vin chaud sur les pistes à des clients casqués, qui évitent toute spontanéité aux rapports humains.

On trouve l'aspect nivologique de la saison au fil des articles du blog, et pour résumer le côté technique, consultez les feuilles de calcul des mesures prises au matin dans le vallon de Zinal au bout des liens suivants : novembre 2016 , décembre 2016 , janvier 2017 , février 2017 , mars 2017 , avril 2017

La nébulosité 2017




Sur 186 matins observés du 1er novembre au 30 avril, 76 montraient un ciel parfait, des nuages occupaient moins de 50% du ciel 41 matins, et l’impression était au mauvais temps 66 matins. Nous avons donc l’hiver le plus ensoleillé depuis 2014. Notons l’épisode venteux du 4 mars où des vents du sud dont une pointe fut mesurée à 100km/h empêchaient le secteur Zinal d’ouvrir au public, alors que Grimentz était peu gêné. On mesura -23.3 le 17 janvier à la Corne, et une rafale d’Ouest à 105 km/h le 6 mars.

Le danger 2017



Un couche épaisse écrasée par son propre poids est heureusement plus stable qu’un enneigement d’un mètre. L’avarice du ciel n’a pas amoindri nos soucis. Le SLF a émis chaque jours un bulletin d’avalanches depuis le 10 novembre. La région était en danger faible 26 jours, en danger limité 29 jours, en danger marqué 86 jours. 14 jours se sont partagé le danger 1 le matin pour passer à 2 lors du réchauffement diurne.


Davos est parfois loin, et nous restons perplexes en découvrant le bulletin du matin. Ainsi le danger restait désespérément marqué après les neiges et le réchauffement de début mars. Devant l’ampleur des avalanches spontanées et provoquées, nous attendions une augmentation du niveau de danger. Le message de prévention est difficile à faire passer quand les publications officielles omettent le problème. A contrario, le danger passait de faible à limité le 19 avril pour… 4cm de neige fraîche.

La couche 2017

La neige est mesurée sur une surface plate, protégée des vents et du passage des skieurs, entre l'arrivée du téléski de Remointze et celui de Tsarmettaz à 2500m. La neige fraîche est mesurée tous les matins sur une planche peinte en blanc, un jalon fixe donne la hauteur de la couche.

L'évolution de la couche par quinzaine à Sorebois 2500m
Le cumul par quinzaine à Sorebois 2500m
Sur l’ensemble de la Suisse, cet hiver enregistre 50% de précipitations en moins que la norme 1981-2010. Avec 411cm de cumul de neige à Sorebois, cet hiver qui n’atteint pas la moyenne est le plus pauvre depuis 2011. De ce chiffre, nous pouvons retirer les 118cm tombés début novembre et les 28cm notés le 28 avril. Nous avons dû nous contenter de 265cm pour travailler les pistes naturelles. La couche est restée supérieure à 50cm de mi-janvier à mi-avril, la valeur la plus haute fut de 111cm à 2500m le 9 mars.

Il est tombé l'hiver 2017:

06.11.2016 = 14 cm, 07.11.2017 = 12 cm, 08.11.2016 = 04 cm, 10.11.2016 = 14 cm, 11.11.2016 = 22 cm, 12.11.2016 = 22 cm, 14.11.2016 = 16 cm, 18.11.2016 = 04 cm, 19.11.2016 = 06 cm, 27.11.2016 = 04 cm
Total novembre = 118 cm

19.12.2016 = 03 cm, 25.12.2016 = 01 cm
Total décembre = 04 cm

05.01.2017 = 04 cm, 06.01.2017 = 03 cm, 08.01.2017 = 09 cm, 11.01.2017 = 12 cm, 13.01.2017 = 27 cm, 14.01.2017 = 10 cm, 15.01.2017 = 14 cm, 31.01.2017 = 11 cm
Total janvier 90 cm

01.02.2017 = 08 cm, 03.02.2017 = 05 cm, 04.02.2017 = 01 cm, 05.02.2017 = 24 cm, 08.02.2017 = 07 cm, 09.02.2017 = 06 cm, 18.02.2017 = 04 cm
Total février = 55 cm

01.03.2017 = 07 cm, 02.03.2017 = 23 cm, 05.03.2017 = 05 cm, 06.03.2017 = 12 cm, 07.03.2017 = 27 cm, 09.03.2017 = 16 cm, 10.03.2017 = 03 cm, 19.03.2017 = 07 cm, 23.03.2017 = 02 cm, 26.03.2017 = 06 cm
Total mars = 108 cm

01.04.2017 = 01 cm, 05.04.2017 = 03 cm, 19.04.2017 = 04 cm, 28.04.2017 = 28 cm
Total avril = 036 cm

Cumul de neige hiver 2017 = 411

Les records 2017

Rien d'exceptionnel cet hiver 2016-2017, mais plusieurs tempêtes dépassant les 100 km/h et une période fraîche en janvier avec plusieurs mercures sous les -20°. Comme d'habitude, c'est le record de chaque période qui est retenu. Les valeurs sont mesurées à la station météo de la Corne de Sorebois 2900m.

Le vent :

Suivent 96.1 km/h S 187° le 20.11.2016 à 22h00 et 88.6 km/h W 291°  le 10.11.2016 à 07h00


Le froid :

Suivent -15.5° le 07.11.2016 à 07h30  et  -13.8° le 29.04.2017 à 01h00

Avril 2017

Peu de précipitations du 1er avril à la fermeture de la station le 23, mais des températures printanières qui pourrirent progressivement toutes les pentes. On mesurait 70cm au jalon à 2500m au début du mois, il en restait 40 quand 28 derniers cm ont porté le cumul définitif de la saison à 411cm le 28 (ce n'est pas une erreur, il est tombé 28cm le 28 avril). Le jeu comme souvent en fin de saison consista à déclencher les pentes dès qu'on les sentait mûres, ou à fermer les secteurs concernés si nous n'y parvenions pas. La responsabilité est énorme, nous devons garantir aux clients leur sécurité sur les pistes ouvertes. Imaginez la catastrophe si l'avalanche déclenchée artificiellement le 11 sur le haut de Combe Durand s'était déclenchée spontanément, ou sous les skis d'un freerider, avec la ligne du téléski pleine. La neige mouillée peut atteindre une masse volumique de plus de 300 kg/m3, les victimes sont broyées.

La piste de montée de Combe Durand le 12.4.2017 à 11h30
La neige fond puis ruisselle sur le terrain, favorisant le glissement des plaques encore compactes et créant de petits lacs dans les creux comme ici au fond de la piste de St-Barthélémy. le refroidissement nocturne crée une couche de glace que les téméraires bravent au matin, d'autres s'essayent au waterslide l'après-midi. L'eau dépasse à peine le 0°, la chute est synonyme de retour au vestiaire. 

Le lac de Barthélémy, protégé par un filet côté piste, le 12.4.2017
Les skieurs individuels déclenchent des avalanches mouillées en V inversé, une plaque de la largeur des skis emporte progressivement une masse toujours plus grande. Le danger concerne plus les skieurs en aval. Zinal est particulièrement traumatisé par l'accident du 19 avril 2003 quand un père déclencha l'avalanche de printemps qui emporta et tua son fils de 11 ans dans le secteur des Italiens. Le 14 avril, ce secteur était purgé par une machine qui poussa de la neige depuis l'arête du Col en amont. Une surcharge par de nombreux skieurs engagés simultanément sur la pente peut déclencher de pareilles plaques. Pour parvenir à un bon résultat avec des explosifs, nous utilisons des charges entre 5 et 10kg. Comme la majorité du grand public ne comprend pas le danger terrible que représente la neige mouillée, nous fermons les installations quand nous ne parvenons pas à déclencher artificiellement les pentes. 

Secteur des Italiens le 15.4.2017 à 10h, la moitié gauche s'est déclenchée d'une plaque
Les responsables de la sécurité passent une partie de leur journée à vérifier l'état des pentes surplombant les pistes dès les premiers signes de réchauffement. Fermer une installation ou un secteur provoque le mécontentement des clients. Le 19 avril, les températures ont fortement chuté, on mesurait -16.4° à la Corne à 8h, et -23 en surface de la neige. Le manteau avait serré en profondeur et nous avons vécu le dernier week-end d'ouverture libéré de ce soucis. Le 26 et jusqu'à la fin du mois, donc de l'hiver météo sur ce blog, les conditions se sont fortement dégradées. le bulletin climatologique avril 2017 en .pdf publié par MétéoSuisse annonce un avril 0,5° au-dessus de la norme. Retrouvez les valeurs sur la feuille de calcul vallon de Zinal avril 2017.

Cliquez pour agrandir

Mars 2017

Les deux premiers jours de mars ajoutèrent 30cm sur les 70 en place, les minages des 3 et 4 furent un vrai plaisir. La neige fraîche se déclenchait dans les fortes pentes, sans toutefois entraîner le gros de la masse ce qui offrit du très bon ski. Nous nous permettions même des fantaisies en plaçant, comme ci-dessous, notre bombes où le chamois avait renoncé à traverser la pente, en comptant sur l'instinct de la bête pour rentabiliser le coup.


Avec un résultat démonstratif de ce que nous parvenions à déclencher ce jour-là:

video

Le 4 par nébulosité moyenne, de forts vents du Sud-Est empêchaient les installations du secteur Zinal de fonctionner alors que Bendolla était peu touché. Difficile comme souvent de faire comprendre aux clients en vallée qu'une tempête touche le domaine skiable. La plus belle rafale de la saison fut mesurée le 6 mars, un modeste 105 km/h 262° à 14h30.

Les 5, 6 et 7 rajoutèrent 44cm au cumul, puis 16cm le 10 permirent la plus haute mesure de la saison au jalon, un modeste 111cm. Les conditions sont parfaites quand le jalon dépasse les 140cm de neige tassée. Le 10 au matin, la station de la Corne indiquait -8.4°, le 11 sous un ciel parfait, elle ne mesurait que -2.4° et la température augmenta considérablement pendant la journée. L'après-midi, nous partions miner l'amont de la route pour permettre aux machines d'atteindre la combe de Tsirouc, pour ouvrir le lendemain la piste du Chamois. Depuis l'arête, même en variant les points de tir et en augmentant les charges, nous ne parvenions pas à déclencher la masse. Arrivés sur la partie basse, Nous avons déclenché un grosse coulée qui entraîna plusieurs coulées secondaires en aval, sans contact avec la coulée principale. Au loin, la machine qui ouvrait la route déclenchait à distance de grosses plaques qui entraînait la neige jusqu'au terrain. Impossible pour nous de miner au coeur de la pente, à cours de munition, nous nous contentions d'avertir le machiniste quand sa progression déclenchait des plaques, qu'il puisse rapidement reculer et s'abriter. Les coulées que la machine déclenchait à mi-pente étaient massives, largement capables d'emporter la machine. Péniblement, après avoir déclenché de nombreuses coulées, la machine atteint Tsirouc et put damer la liaison vers Grimentz. Nous retournions à Sorebois avec mon collègue Elliot. Sur l'image ci-dessous prise par drone (merci Boris), les étoiles marquent les coups négatifs, le orange marque les cassures des coups positifs, le vert marque les cassures déclenchées par les vibrations de la machine.

Cliquez pour agrandir
Après avoir terminé la piste, le courageux chauffeur avec qui nous étions en contact téléphonique, a été emporté sur une cinquantaine de mètres par une nouvelle coulée sur la route qu'il avait précédemment ouverte. Heureusement sans mal ni dégât, mais nous avons dès lors compris que la situation était hors de contrôle. La piste du Chamois est restée fermée pour le reste de la saison, les autres parties du domaine nous ont causé bien du soucis. De pareilles mésaventures ont touché le secteur Grimentz. Le SLF maintint toute la période un danger inchangé à 3 marqué. Les jours suivants, nous avons purgé beaucoup de grandes pentes menaçantes, celle du Freeride lâcha le 10 à 30 mètres du lieu de l'explosion. D'évidence, le réchauffement avait complètement modifié la cohérence du manteau neigeux sur le terrain, ce jusqu'à 2900m.

Il tomba 15cm supplémentaires la dernière dizaine du mois, mais le problème vint des températures plus que de la quantité de neige. Selon le bulletin climatologique MétéoSuisse mars 2017, ce fut le deuxième plus chaud depuis le début des mesures. Retrouvez au bout de ce lien la feuille de calcul des mesures du vallon de Zinal mars 2017 .

Cliquez pour agrandir 

Février 2017

Février débuta par un temps maussade mais pauvre en précipitations, 51cm s'ajoutèrent aux 11cm du 31 janvier avant le 9, puis plus rien avant 4 malheureux cm le 18. C'est le vent plus que la neige qui nous obligea à miner régulièrement les arêtes où de belles accumulations se formaient. Si certains font de la science, les patrouilleurs responsables de la sécurité des pistes vont miner quand la situation avalancheuse change. Les résultats des premières bombes sont plus fiables que toutes les spéculations intellectuelles. Les petites accumulations journalières restaient difficiles à déclencher mais amélioraient la qualité du ski. Février étant le mois le plus fréquenté, la majorité des clients ont profité d'excellentes conditions en et hors pistes, même s'il fallait se méfier des cailloux juste cachés par un enneigement toujours faible. Les températures restèrent assez basses pour garder la neige poudreuse en altitude, les pistes de retour en stations restaient ouvertes dans de bonnes conditions.

Le 9.2.2017, le vent et 6cm de fraîche avaient bouché les anciennes traces et lissé la montagne. Les conditions étaient excellentes jusqu'en vallée
Les températures moyennes dans les Alpes dépassèrent de 3 à 4° la norme des 30 dernières années, conjuguées à un ensoleillement respectable après le 12, la vallée et les pentes exposées au soleil se découvrirent de leur manteau. Les stations de basse altitude éprouvèrent rapidement des difficultés à entretenir leurs domaines skiables, nous rencontrions à Zinal des passionnés venus de partout attirés par nos bonnes conditions. Sans cracher dans la soupe, le mois est resté nivologiquement terne, permettant au service de sécurité de se concentrer sur la qualité des pistes, les accidents et le service à la clientèle. Le jour de St-Valentin à 14h, je prenais une image à 360° au coeur du domaine, sur la bute près de la buvette des Mormottes, à visionner sur Google Photo

Le 23.2.2017 à 15h, la vallée est libre de neige, les pentes exposées au sud jusqu'à 2000m 
Le SLF plaça la région en danger 3 marqué du 4 au 16, le restant de février affichait un degré limité. Nous gardions à l'esprit que la neige se cristallisait lentement, particulièrement au niveau du sol. La couche atteint les 98cm à 2500m suite aux 24cm tombés le 6. Tôt ou tard, les pentes se purgeraient de cette neige même régulièrement minée et skiée. Le jeu consista dès lors, pour les patrouilleurs, à déclencher ces pentes avant les skieurs. Retrouvez au bout de ces liens  le bulletin climatologique février 2017 édité par MétéoSuisse et la feuille de calcul des données du vallon de Zinal février 2017.



Cliquez pour agrandir

Janvier 2017

Plus de neige en janvier entre le 15 et le 31, mais des températures assez fraîches pour travailler les 79cm tombés après les vacances de fin d'année. MétéoSuisse annonce le mois de janvier le plus froid depuis 30 ans, ce qui m'a fortement étonné n'ayant mesuré des valeurs inférieures à -20 à 2900m le matin que du 16 au 19, avec un record à -23.3° le 17 à 4h30. Comme l'ensoleillement était généreux, la montagne était agréable et nous n'avons pas souffert du froid. Le stratus baignait la plaine, les habitants du plateau n'ont pas vu le soleil et je suppose que la moyenne des stations de basse altitude a établi ce record de fraîcheur. Mon ordinateur principal rendit son âme à Windows alors que je recevais un nouveau smartphone capable de faire des prises de vues à 360°.

Image à 360° prise le 21.1.2017 à 15h sur la Corne de Sorebois
Pour profiter de l'effet 360°, retrouvez l'image sur Google Photo
La neige jusque en plaine et les températures basses relancèrent notre hiver, la joyeuse clientèle de la station traçait les pentes comme par gros enneigement, au détriment des semelles ou des parties du corps qui rencontraient le sol lors des chutes. Il fallut un gros travail pour ouvrir les retours en station, et beaucoup d'entretien pour les garder en état. Les canons à neige et les machines modernes, puissantes, légères et équipées de treuils font des miracles. Ainsi la descente sur Zinal s'ouvrait au public le samedi 28, alors qu'on ne mesurait que 26cm de neige naturelle en station.

Le mur de Singlinaz le dimanche 29.1.2017 à 11h
Le danger d'avalanches retombait à 2 limité le 26, nous n'avions plus de soucis depuis le 20 déjà mais gardions en tête que nous retrouverions dès le retour de la neige les faiblesses constatées dans le manteau. Le 31 au matin, 11cm portaient le cumul du mois à 90cm et la couche à 2500m à 50cm. Comme nous n'avions plus de problème avec la neige, les dirigeants de la station s'en inventèrent. Retrouvez le Bulletin climatologique janvier 2017 par MétéoSuisse en .pdf et la feuille de calcul des mesures du vallon de Zinal janvier 2017 au bout de ces liens.


Le point après la neige

19.01.2017 - 22h00   Grand coup d'hiver, 51cm de cumul du 13 au 15, deux journées glaciales les 16 et 17 avec un record saisonnier à -23.3°, et beaucoup d'air. Les vents du Nord et d'Ouest, avec plusieurs pointes à plus de 100km/h répartis dans la semaine, ont sculpté le manteau à leur guise. La plupart des arêtes sont pelées, la neige est dans les pentes et au fond des combes. La règle mesurait 41cm ce jeudi à 2500m, le tassement devrait se stabiliser, le chiffre indique un moyenne correcte. Les deux points profilés dépassaient les 80cm, on trouve des accumulations de plus d'un mètre. Nous sommes en danger 3 depuis vendredi 13.

En amont des digues de Durand
Des minages réguliers de Sorebois dès vendredi et un grand minage par hélicoptère dimanche ont sécurisé le vallon. Les pentes abruptes ont lâché facilement provoquant de grandes avalanches sur les expositions Nord à Est. Les pentes moyennes et les combes gardent leur neige. Des deux scénarios imaginés dans l'article précédent, la nature a fait une moyenne. Le manteau de neige fraîche est cohérent, compacté par les vents, il se tasse ou glisse en grandes plaques. Les couloirs dangereux pour la station se sont déclenchés rarement naturellement, dans la plupart des cas par minage. Mais toutes les petites plaques latérales, et la montagne "naturelle" cachent des pièges, et on est directement sur les cailloux si ça part.

J'ai effectué deux profils rapides sur des pentes caractéristiques. A l'arrivée de Combe Durand, la nouvelle neige avait tassé l'ancienne, et le froid durci le tout. Il est possible que le tassement de la zone soit consécutif au minage de dimanche, un coup plus haut a fissuré une vaste plaque. Nous avons là 80cm de bonne neige stable. Notez déjà des faces planes dans tout le manteau, la transformation va bon train, neige sous les -20 tous les matins.

Cliquez pour agrandir
Je voulais une pente Nord intacte pour le deuxième profil, j'ai choisi une petite plaque sans danger, je la pense représentative du couloir adjacent trop risqué. Ici aussi une couche étrangement dure au sol, mais de la neige plus transformée dans l'ensemble, et une grosse faiblesse à 50cm sur laquelle roulent facilement les 40 derniers cm. Le travail du vent explique la cohésion de l'ancienne neige jusqu'à 50cm. On reconnaît la nouvelle neige dès 60cm, déjà étonnamment cristallisée. La graille entre-deux doit résulter du givre formé en surface depuis novembre. Cette faiblesse est un sale piège, à considérer pour la suite.


Le bloc glissant illustre cette faiblesse dans la partie supérieure du manteau, dont nous reparlerons certainement.

video

Le point avant la neige

12.01.2017 - 18h00   Après le redoux de ce jeudi qui permit des températures positives jusqu'à 2000m, 4° à Zinal au meilleur de l'après-midi,  MétéoSuisse annonce l'arrivée d'un front froid "digne de ce nom" sur son excellent blog. Vent, neige et grands froids au programme, mais raisonnablement semble-t-il. Résumons la situation avant ce tournant de l'hiver; fait exceptionnel, la terre est gelée jusqu'en station, les sources et torrents sont de pures plaques de glace, bientôt cachées par une neige sèche qui n'adhérera pas.

Le torrent de Laulosses à Singlinaz à l'heure des premières chutes de neige
De la Navizence 1600m à la limite des forêts, le terrain gelé est recouvert d'une dizaine de cm de neige juste humidifiée par l'air de ce jour, elle tient en boule sans dégager d'eau. Puis on trouve des résidus neigeux fortement cristallisés sur les pentes peu exposées au soleil entre 2000 et 2500m, surmontés de la dizaine de cm restant des récents apports. Plus haut, les vents ont troublé la donne, principalement lors de l'épisode Nord du 5 janvier. De petites accumulations appuient déjà sur un substrat pourri, les faibles quantités expliquent l'absence d'avalanches spontanées. Partout où subsiste de l'ancienne neige, elle n'est que roulements à billes, du gros gobelet sans cohésion.


Gobelets observés à la Corne le 30 décembre, plus de 6mm pour les plus beaux
Sur ce substrat deux scénarios possibles: les quantités de nouvelles neige sont suffisantes pour que tout se déclenche spontanément, puis facilement par minage. Comme l'an passé, l'épisode dangereux serait court et nous repartirions sur une base plus solide.

Dans le deuxième scénario, les quantités sont faibles et la couche rendue irrégulière par les vents. Les zones contrôlées par minage seront purgées, mais plein de petites pentes et la haute montagne resteront piégeuses, et piégeront plein d'imprudents comme chaque année hélas. Le bulletin de 17h place déjà la région en degré 3, et le bas-Valais en 4, la lune était pleine ce jour à 12h34. Faites vos jeux, moi j'y crois!

La sécheresse

08.01.2017 - 18h30  Après le long épisode foehnique de fin novembre, un anticyclone puissant s'est installé sur le continent, nous avons vécu, hélas, le mois de décembre le plus sec depuis le début des mesures selon MétéoSuisse. Le bulletin climatologique de 2016 décrit des températures trop élevées en Suisse cette année, la routine quoi... La neige naturelle a lentement disparu sous 2000m, la couche s'est tassée jusqu'à 25cm à 2500m, puis s'est cristallisée sans plus perdre en épaisseur. Les températures début décembre nous laissaient craindre le pire pour les vacances de Noël, le mercure affichait 6.5° à 2900m le 10 à 15h. Les nuits dégagées maintenaient le manteau en altitude, puis la masse d'air s'est refroidie en fin de mois. Ce sont donc, une fois de plus, les canons à neige qui ont sauvé les vacances des skieurs, et nos emplois.

Neige de culture sur la piste de Tsarmettaz en préparation le 5 décembre
Pendant que la sécheresse faisait augmenter le danger d'incendies, les sources et torrents gelaient magnifiquement. D'immenses plaques de glace sur les routes forestières et chemins pédestres ont provoqué des accidents, les autorités ont publié des mises en garde. Les cascades du vallon sont bonnes et facilement accessibles. Après l'enthousiasme forcené du début de saison, nous avons retrouvé un calme désenchanté devant l'inexorable disparition de la neige naturelle. Les vacanciers des fêtes ont profité des pistes artificielles sous un ciel parfait, avec une belle ambiance sur les terrasses.

La Vallée depuis la Corne le 26 décembre à 14h, la misère!
La vieille neige s'est cristallisée à l'extrême, on trouve de gros gobelets de plus de 5mm sur toutes les expositions, tout n'est que sel, seules quelques croûtes entretenues par le vent sont palpables. La situation se débloque lentement depuis Nouvel-An, et le stratus cantonné au plateau s'est infiltré jusqu'à 1700m le 3 janvier. Les courants ont tourné Nord-Ouest et un premier front nous emmena 7cm de neige sous des vents puissants le 5, une rafale à 103 km/h et une mercure à -20.4° à la Corne ont établi ce même jour les records provisoires de la saison. Le froid a figé la terre, ce dimanche matin 9 nouveaux cm tapissaient la montagne, dans un air plus supportable. Un flux du Nord-Ouest animera la semaine prochaine, les quantités annoncées restent faibles mais, petit à petit l'hiver reprend ses droits. Les anciens quittaient autrefois les mayens de Zinal à la mi-janvier, quand le véritable hiver commençait.

Bonne année 2017